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Air Pur 76

Air Pur 76 - Inégalités environnementales, inégalités de santé

 

Sommaire

 

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Résumés des articles

Les inégalités environnementales : I. ROUSSEL - Télécharger l'article, 785 Ko

La notion d’inégalités environnementales a été largement diffusée ces dernières années. Mais, comme souvent, l’utilisation de certains termes est plus rapide que la stabilisation de leur contenu. Cette problématique jeune et complexe est en cours d’appropriation par différentes disciplines, avec la difficulté majeure que présente son individualisation par rapport aux inégalités sociales, économiques, voire même sanitaires, constatées depuis plus longtemps. Cette notion interroge les définitions accordées à l’environnement et à la santé en sachant que la relation entre l’environnement et la santé est encore en cours de construction et repose également sur un flou sémantique que cristallisent les hésitations dans la traduction du terme anglais « environmental health » que l’on retrouve sous le vocable prudent mais peu esthétique de « santé environnement ». Ces imprécisions peuvent avoir la vertu de ne pas figer la réalité au sein d’un périmètre dont la rigidité serait contraire à la réalité en continuelle évolution. Ces difficultés de vocabulaire peuvent également contribuer à confiner ces notions dans un champ symbolique en les coupant de la réalité qui demanderait à être précisée pour intervenir dans le domaine de l’action. La parole et la médiatisation peuvent servir, paradoxalement, à masquer l’inaction en dépit du caractère incitatif que peut avoir la perception d’inégalités pour mobiliser des revendications. Quelles que soient les définitions adoptées, le travail de L. Laigle (2005), faisant autorité en la matière, définit plusieurs caractéristiques possibles de ces inégalités qui interrogent les liens entre l’environnement et la santé. La notion d’égalité interpelle nécessairement l’idée de justice mais, même sans avoir une traduction à travers une procédure juridique, la conscience même d’une inégalité représente un moteur pour l’action animée par une revendication égalitaire et un combat pour plus de justice.

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Les inégalités sociales de santé : J-L. SALOMEZ - Télécharger l'article, 119 Ko

La question des inégalités sociales de santé est souvent assimilée à tort aux seuls problèmes de santé des plus démunis conduisant à développer des programmes spécifiques « santé-précarité » tant au niveau national que régional. En fait les différences d’états de santé selon les caractéristiques sociales des populations ne se réduisent pas en une opposition précaires/ non précaires mais s’inscrivent dans un véritable gradient social de santé qui se retrouve dans toutes les caractéristiques des groupes sociaux. Au traitement symptomatique des programmes « santé-précarité » centrés sur un groupe particulier se substitue ainsi une logique d’équité en santé applicable à l’ensemble de la population et sur tous les thèmes de santé. Comme l’écrivent Aïach et Fassin en 2004 « [Cette approche]... permet de penser non aux marges de la société, mais à son ensemble, sa structure, ses rapports entre catégories professionnelles ou entre classes sociales. (...) Autrement dit, nous nous obligeons à penser aux liens entre riches et pauvres, ou encore à considérer qu’une société ne fonctionne pas seulement sur des principes de générosité et de compassion à l’égard des plus faibles, mais aussi et surtout autour de principes de justice sociale ».

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Une appréhension interculturelle des inégalités environnementales : L. CHARLES

La question des inégalités écologiques ou environnementales n’a été introduite en France qu’assez récemment, au début des années 2000. En Europe, elle s’est d’abord développée en Grande-Bretagne, où elle a fait l’objet d’une importante campagne des Friends of the Earth à la fin des années 90, dans la suite du mouvement de l’environmental justice, apparu aux États-Unis à la fin des années 1970, source d’un puissant renouveau du mouvement environnemental. La difficile pénétration de la notion d’inégalités environnementales en France renouvelle l’interrogation sur les spécificités du contexte culturel français face à l’environnement. Après un rapide examen sémantique, nous nous attacherons à cerner la portée de cette notion et son apport pour repenser la notion même d’inégalité et analyser son relatif effacement de l’espace public en tant que moteur de l’action collective. Nous évoquerons enfin la question des inégalités environnementales dans le contexte de la globalisation.

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La notion américaine de justice environnementale : C. GHORRA-GOBIN

La notion de justice environnementale a pour origine les Etats Unis où elle s’inscrit dans de multiples aspects de la tradition américaine. Les inégalités environnementales ne sont pas traitées comme des disparités dans le cadre de vie ou dans l’accès à des ressources ; elles se traduisent par des injustices qui mobilisent les communautés ethniques pour faire valoir leurs droits. L’environnement est intégré dans les droits fondamentaux de l’humanité, il justifie ainsi la traduction juridique de ces revendications considérées comme légitimes et non pas seulement comme des mouvements relevant du NIMBY et donc d’un individualisme contraire à l’intérêt général.

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La justice environnementale : aspects juridiques : H-J. SCARWELL

La contribution de C. Ghorra-Gobin dans ce numéro d’Air Pur montre combien la prise de conscience de la question des inégalités environnementales aux USA, avec une forte dimension ethnique, s’est inscrite au sein d’une mobilisation qui a pris des formes juridiques compte tenu de la forte juridicisation de la société américaine. En revanche, en France (L. Charles et I. Roussel), le droit a peu intégré ces formes de revendication qui se cristallisent plutôt autour des atteintes à la sacro sainte propriété privée (Noiville). Dans cet article sont soulignées les difficultés auxquelles le droit est confronté quand il s’agit de transformer les inégalités en injustices. Ces réflexions sur la loi face aux inégalité, ont déjà été exprimées par H. Scarwell dans la revue numérique « Développement Durable et Territoire » (Charles et al., 2007) et dans un numéro spécial de la revue « Contact santé ».

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Diversité des perceptions de la pollution de l'air extérieur disparités sociales et territoriales. Comment construire une politique égalitaire ? : I.ROUSSEL, I. GAILHARD-ROCHER, F. LELIEVRE, A. LEFRANC, A. TALLEC, C. MENARD & F. BECK - Télécharger l'article, 723 Ko

L’enquête « Baromètre santé environnement » de l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES) a recueilli, au moyen d’un questionnaire téléphonique auprès d’un échantillon représentatif de la population, ses opinions en matière d’environnement et de santé. Cette étude s’intéresse en particulier à la pollution atmosphérique. Elle décrit les représentations des Français en matière de pollution de l’air, leur perception et leur ressenti des effets sur la santé ainsi que l’accessibilité à l’information sur ce thème. Des différences en termes de représentations ont été mises en évidence pour chacun de ces facteurs, après contrôle des effets de structures liés aux autres variables. Ainsi, globalement, les classes sociales les plus défavorisées ont une vision plus négative des problèmes de pollution atmosphérique, elles sont plus sensibles à ses manifestations sensorielles (odeurs, fumées) et perçoivent un risque sanitaire plus élevé pour la population en général. Cependant, elles indiquent moins fréquemment ressentir les effets de la pollution atmosphérique sur leur propre santé ou celle de leur entourage. Mais, au-delà des critères socio-économiques, c’est autour de la ville que semblent se cristalliser en premier lieu les disparités de représentations de la pollution de l’air extérieur. Les urbains ont des représentations négatives de la pollution atmosphérique. Les âges de la vie développent également des sensibilités différentes à l’environnement. Cette étude ne permet cependant pas de démontrer que ces différences de perception sont associées à des différences d’exposition ; elle souligne ainsi la principale difficulté observée dans la gestion de la pollution à savoir le caractère invisible de la pollution toxique et la faiblesse d’une réponse par les normes. La sensibilisation du public est d’autant plus difficile que la perception de la pollution est très inégale selon les groupes de population et suppose d’adapter les outils de communication en fonction des différentes cibles visées. Les inégalités identifiées interrogent également sur la possible adhésion des populations vivant la précarité à des valeurs environnementales qui leur paraissent hors de leur portée.

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Inégalités sociales d'exposition aux facteurs de risque environnementaux : l'exemple de l'implantation des sites industriels à risque ou polluants dans la région Nord - Pas de Calais : C. DECLERCQ, O. LACOSTE, G. POIRIER & H. PROUVOST

Des travaux antérieurs de l’Observatoire Régional de la Santé (ORS) Nord - Pas de Calais ont montré les fortes variations de l’état de santé de la population à l’intérieur de la région Nord - Pas de Calais et ont suggéré qu’une part de ces variations spatiales était liée à la situation sociale contrastée de la population des territoires de la région. Dans le présent travail, nous avons utilisé les données de l’inventaire des sites industriels à risque technologique et des sites industriels émetteurs de polluants atmosphériques réalisés par la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) Nord - Pas de Calais. Dans une première approche à caractère exploratoire, nous avons analysé les relations entre l’implantation communale de ces sites et les caractéristiques sociales de la population des communes. Ce travail a été réalisé à la demande du Conseil Régional Nord - Pas de Calais, dans le cadre d’un projet visant à contribuer à mieux connaître l’exposition de la population de la région aux facteurs de risque environnementaux (projet SISENV).

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L'exposition des enfants aux risques chimiques quotidiens : M. LALANNE - Télécharger l'article, 1,06 Mo

Cet article reprend quelques conclusions du rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) sur les dangers et les risques pour la santé humaine des substances chimiques utilisées couramment dans les produits de grande consommation. Prenant acte de l’impossibilité d’évaluer la centaine de milliers de substances chimiques présentes dans les dizaines de milliers de produits et d’objets de la vie quotidienne, l’OPECST a retenu le principe d’une évaluation de l’air intérieur. La pollution de l’air des logements familiaux représente un risque fortement inégalitaire pour les différents membres d’une famille. Les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement sensibles aux contaminations chimiques à faible dose. Deux problèmes se font jour. Comment évaluer les risques chimiques en milieu domestique et comment réduire l’exposition des enfants ?

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Construction d'un indicateur d'exposition spatialisé de l'environnement : application au Nord - Pas de Calais : J. CAUDEVILLE, G. GOVAERT, R. BONNARD, O. BLANCHARD, A. UNG, B. BESSAGNET & A. CICOLELLA - Télécharger l'article, 406 Ko

L’utilisation couplée de modèle multimédia et de Système d’Information Géographique (SIG) s’est largement développée ces dernières années pour étudier l’exposition des populations aux substances chimiques. Les décideurs sont confrontés depuis quelques années au besoin de développement d’outils nécessaires à la prise en compte des risques sanitaires. Dans ce cadre, le projet SIGFRIED 1 (Système d’Information Géographique, Facteurs de RIsques Environnementaux et Décès par cancer) vise à construire un indicateur spatialisé de l’exposition de la population française aux polluants environnementaux. Pour cela un modèle multimédia d’exposition est utilisé pour le calcul des doses d’exposition de populations cibles liées à l’ingestion de produits d’alimentation, d’eau de consommation et à l’inhalation de contaminants atmosphériques. L’indicateur intègre dans un SIG des bases de données géoréférencées environnementales (eau, air, sol), comportementales et démographiques. Le modèle utilise les équations de transfert de polluant de la source à l’individu. L’étude a pour objectif principal d’identifier les zones géographiques potentiellement responsables d’une surexposition et leurs déterminants (types de polluant, voies d’exposition, classes de population à risque) par l’analyse des variations de l’indicateur environnemental. Dans cet article, sont présentés la méthodologie générale et les résultats de modélisation de l’indicateur d’exposition aux Elément Traces Métallique (ETM) sur la région Nord - Pas de Calais. La modélisation a permis de détecter des zones de surexposition potentielle localisées sur des agglomérations ou des sites de grandes sources de pollution bien identifiés. Les résultats permettent également de caractériser les déterminants de l’exposition (parts locales et ubiquitaires, voies d’exposition et polluants). Cependant l’utilisation de données de formats et de sources différentes, non spécifiquement adaptées pour ce type d’étude, génère de nombreuses incertitudes sur l’ensemble de la chaîne de calcul qui seront étudiées au cours d’une prochaine étude.

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La difficile territorialisation des inégalités environnementales : I. ROUSSEL & G. SCHMITT - Télécharger l'article, 382 Ko

Si la notion d’inégalités environnementales est pertinente, elle doit offrir des possibilités pour l’action publique dans la mesure où elle offre la possibilité d’identifier une nuisance ou une revendication. La place grandissante donnée à l’évaluation des politiques publiques est telle que de nombreux documents d’aménagement du territoire incluent dans leurs objectifs la création d’un dispositif d’auto-évaluation. Avec les nouvelles compétences acquises par les collectivités locales (habitat, patrimoine naturel…), la thématique des disparités territoriales est souvent abordée. Or, dans le contexte actuel d’une logique de résultat, comment mettre en oeuvre une politique en l’absence d’indicateur permettant de valider le bien fondé des actions mises en oeuvre ? Ce questionnement amène à s’intéresser aux dispositifs d’observation et de suivi existants pouvant servir à qualifier et quantifier les inégalités environnementales. L’objet de cette investigation consiste, à travers l’exemple de deux sites de la métropole lilloise, à tester la possibilité d’identifier des inégalités environnementales affectées à une unité territoriale. Or, même si les observatoires se multiplient, le volet environnemental est bien moins évalué en terme de « résultats chiffrés » que le volet social (Diebolt et al., 2005 - p. 18). L’observation et le suivi des inégalités doivent donc s’intégrer au mieux dans les dispositifs qui ne sont pas prévus à cet effet. En outre les unités spatiales, dictées par des considérations administratives, sont rarement pertinentes pour rendre compte des inégalités environnementales. Un ensemble de facteurs converge donc pour expliquer la difficile quantification des inégalités liées à l’environnement. Cette quête parsemée d’embûches, impose de repenser le bien fondé de la territorialisation des inégalités environnementales. Elle amène à s’interroger tout d’abord sur l’importance des échelles d’investigation et des données mobilisées, puis sur les résultats d’une approche spatialisée des inégalités sur le quartier de la Bourgogne et le site de l’Union et enfin sur les difficultés à territorialiser les inégalités environnementales.

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En hommage à Danielle Poliautre : I. ROUSSEL - Télécharger l'article, 1,06 Mo

Le 1er juillet 2009 disparaissait Danielle Poliautre, élue locale et militante infatigable. Pendant vingtsix ans, elle a consacré sa vie à la défense du développement durable, s’attaquant sans relâche aux dysfonctionnements écologiques et sociaux (dossier Metaleurop) et animant un collectif régional composé d’une quinzaine d’associations. Présidente d’Environnement et Développement Alternatif (EDA) et de la Maison de la Nature et de l’Environnement à Lille, Danielle Poliautre a rejoint l’équipe municipale de Lille en 2001, comme adjointe au développement durable et à la qualité de vie. En recueillant des propos tenus par Danielle Poliautre, en 2007, lors de deux colloques différents2, nous avons souhaité rendre hommage à cette inconditionnelle du développement durable pour lequel elle a mené, tout au long de sa vie, une véritable croisade.

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La revue Air Pur est réalisée par le Comité Nord - Pas de Calais grâce au soutien de ses adhérents, du Conseil Régional Nord-Pas de Calais, de la Délégation Régionale de l'ADEME et la DREAL.

 

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