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Cancer et Environnement – première partie

 

 

Les liens entre santé et environnement sont de plus en plus au cœur des préoccupations. En tête de peloton des maladies dont l’origine environnementale est souvent montrée du doigt : le cancer. En 2011, l’APPA-Alsace organise un cycle de manifestations sur les relations entre cancer et environnement. Pour le premier volet de ce triptyque de conférences, le 19 avril dernier, une centaine de participants ont été enregistrés autour de la venue du Professeur Pierre Oudet, directeur scientifique du Cancéropole du Grand Est, et du Professeur Michel Velten, responsable scientifique du registre des cancers du Bas-Rhin.

 

 

En prélude de ce cycle de réunions, le Pr. Oudet s’est attaché à présenter les liens entre les particules présentes dans notre environnement et cancer : « La transformation des cellules saines en cellules cancéreuses peut être due à un évènement catastrophique. Toutefois, elle est plus généralement la conséquence de tout un ensemble d’évènements qui s’accumulent et évoluent dans le temps. C’est la cinétique de ces évènements qui est influencée par notre environnement. ».

 

 

Microparticules = danger ?

Les mécanismes responsables de la transformation cellulaire cancéreuse sont nombreux. Les effets de l’exposition aux microparticules sur ces mécanismes ne sont encore que partiellement compris. Les particules fines inférieures à 2,5 mm de diamètre (PM 2.5) et les particules ultrafines de moins de 100 nm sont présentes partout dans notre environnement : dans l’air, l’eau, les sols, la nourriture… Des microparticules sont ainsi échangées avec l’environnement lorsque nous respirons, mangeons ou simplement par contact.

De par leur très petite taille, ces particules ont la possibilité d’entrer à l’intérieur de nos cellules et d’interagir sur certains mécanismes cellulaires. Elles peuvent ainsi empêcher la mort de cellules ou en induire la division et ainsi participer à la cancérogenèse.

Le Pr Oudet cite plusieurs exemples dont les spirales antimoustiques : une équipe de scientifiques coréens a démontré que l’inhalation de fumées de résidus de bois et de résine émis par la combustion de ces spirales augmente très notablement le risque de cancer bronchique chez le fumeur. Autre exemple : les particules métalliques. Les particules de nickel, de chrome ou de cadmium, émises principalement par les industries de transformation des métaux et celles de production de nanoparticules de carbone ou de batteries, ont la capacité de pénétrer dans le noyau de certaines cellules. Elles vont ainsi agir sur différents mécanismes cellulaires et avoir des effets génétiques ou épigénétiques, c’est-à-dire modifier la séquence des gènes ou l'expression de ces gènes. Ces modifications pourront être transmises aux cellules filles et donc participer à la cancérogenèse. De plus, ces particules métalliques vont avoir un effet cumulatif et potentialiser l’action d’autres molécules cancérigènes.

 

 

Une note d’espoir

Le Pr Oudet poursuit : « De nouvelles molécules sont produites par les industriels. Ces nouveaux matériaux ne sont pas sans conséquences sur notre environnement ». Toutefois, « les microparticules n’ont pas que des effets négatifs », s’enthousiasme-t-il, « elles ouvrent même de nouvelles perspectives thérapeutiques ».

Il est possible de fabriquer des microparticules de différentes tailles et de les recouvrir d’éléments-marqueurs qui vont permettre d’identifier des cellules cibles. De telles particules peuvent ainsi être utilisées en imagerie pour localiser des tumeurs ou pour agir directement sur les cellules tumorales cibles et les tuer. Par exemple, des particules fer-nickel recouvertes d’anticorps dirigés contre un récepteur spécifique des gliomes détruit in vitro 90 % des cellules de glioblastome humain en quelques minutes. Tout n’est donc pas si noir au pays des microparticules.

 

 

Le cancer en France

Lors de la seconde partie de la conférence, le Pr. Michel Velten est venu dresser un tableau épidémiologique des cancers et présenter le registre des cancers du Bas-Rhin. Peu de départements sont dotés d’un tel outil et le registre bas-rhinois est le premier à avoir été créé en France, en 1975. Les résultats des différents registres français sont régulièrement colligés afin de disposer d’estimations nationales.

Pour l’année 2005, on a aisni estimé à près de 320 000 le nombre de nouveaux cas en France, cancer de la prostate en tête, suivi des cancers du sein, du côlon-rectum et du poumon, pour les principales localisations anatomiques. Presque tous les cancers sont plus fréquents chez l’homme que chez la femme, hormis le cancer de la thyroïde, le mélanome et le lymphome de Hodgkin. Le Pr Velten explique : « Cette différence traduit principalement l’influence du mode de vie et notamment la consommation de tabac et d’alcool. Cette situation va cependant évoluer dans les 20 à 30 prochaines années, la proportions de fumeurs parmi les hommes et les femmes étant, à présent, égales ».

Globalement, entre 1980 et 2005, le nombre de nouveaux cas a augmenté de près de 90 % passant de 170 000 à 320 000. Dans le même temps, le nombre de décès par cancers n’a augmenté que de 13 % passant de 129 000 à 146 000. Cette augmentation du nombre de cas s’explique en partie par l’augmentation et le vieillissement de la population. L’augmentation apparente de la mortalité est encore d’avantage influencée par l’évolution démographique. Si l’on neutralise les effets de l’augmentation et du vieillissement de la population, la mortalité a, en fait, diminué de 29 % chez les hommes et de 22 % chez les femmes.

 

 

L’utilité des registres des cancers

Outre l’étude de la fréquence des cancers, les données des registres permettent également d’analyser la survie en fonction des localisations. Ainsi, les cancers de la lèvre ou du testicule ont plutôt un bon pronostic, tandis que le cancer du pancréas et le mésothéliome ont une évolution moins favorable. En Alsace, pour l’année 2007, 2362 décès par cancer ont été enregistrés pour les hommes, avec une majorité de cancers liés à la consommation de tabac (larynx, trachée, bronches, poumon) et 1654 décès chez les femmes, avec une prédominance des cancers du sein, suivis par les cancers liés à la consommation de tabac.

On peut également estimer le risque pour une population d’avoir un type donné de cancer. Par exemple, le risque de développer un cancer du sein pour une femme née en 1950 est de 1 sur 8 contre 1 sur 20 pour une femme née en 1910. Le mode de vie a en effet évolué, sur le plan de l’alimentation, d’une part, mais surtout sur le plan du nombre d’enfants par femme qui a nettement diminué (un nombre d’enfants élevé protège du cancer du sein).

 

Ainsi, les outils épidémiologiques que sont les registres des cancers fournissent de très importantes données dans différents champs de l’épidémiologie tels que la description précise de la fréquence des cancers en termes de survenue des nouveaux cas, de survie, d’évolution et de proportion d’individus concernés dans la population, la recherche des facteurs de risque des cancers, mais aussi l’évaluation des actions de prévention (tabac, alcool, …), de dépistage (sein, côlon-rectum…) et de prise en charge des sujets atteints de cancers.

 

Magali EYRIEY

Rédactrice scientifique

 

 

 

 



Cancer et environnement 1sur3 résumé
[ Information provenant de l'Appa Alsace ]

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