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Résumé consécutif à la conférence : « Cancer et environnement 2/3» du 7 juin 2011

 

Cancer et Environnement – seconde partie 

 

Pour le second volet du cycle de conférences sur les liens entre cancer et environnement, le comité Alsace de l’APPA a choisi de débattre de l’origine environnementale de certains cancers de l’enfant et du mélanome. Les professeurs Patrick Lutz (Service d’Onco-hématologie Pédiatrique - HUS) et Dan Lipsker (Service de Dermatologie - HUS) sont venus présenter les connaissances actuelles sur le sujet le 7 juin dernier.

  

Le Pr. Patrick Lutz ouvre la séance par une présentation épidémiologique des cancers chez l’enfant. « Le nombre d’enfants atteints de cancer par an est faible » précise-t-il. En effet, alors que 320 000 nouveaux cas sont annuellement enregistrés chez l’adulte, on comptabilise 1 700 cas chez les individus de moins de 15 ans. Près de 50% des cancers de l’enfant apparaissent avant l’âge de 5 ans, puis le nombre diminue avant d’augmenter à l’adolescence.

La répartition des différents types de tumeurs est très différente de l’adulte : chez les petits, la localisation qui arrive largement en tête est le sang/les leucémies (environ 30 %), suivie par les tumeurs du système nerveux central (plus de 23 %) et la lymphe/lymphomes (près de 12 %).

Le pic de leucémie aiguë lymphoblastique, type de leucémie le plus courant, survient entre 2 et 5 ans. Cette fréquence particulière démontre que l’origine de la maladie serait in utero. Par contre, l’incidence de la maladie d’Hodgkin, qui fait partie des lymphomes, est peu fréquente chez les jeunes enfants et augmente très fortement à l’adolescence pour devenir la maladie cancéreuse la plus fréquente dans cette tranche d’âge.

 

L’origine des cancers de l’enfant

« L’origine de la grande majorité des cas de maladies cancéreuses des enfants est inconnue », confesse le pédiatre. Parfois, elle est partiellement expliquée. Dans 5 à 10 % des cas, il peut s’agir d’une origine génétique. D’autres fois, on subodore que l’origine est virale ; le virus d’Epstein-Barr, responsable de la mononucléose, est ainsi un facteur de risque pour la maladie d’Hodgkin et le lymphome de Burkitt. Ou encore, plus tragique, il peut s’agir d’un enfant qui présente un second cancer et dont le traitement de la première tumeur peut être responsable de cette deuxième maladie.

 

Et l’environnement dans tout ça ?

« Le lien entre environnement et cancer est faible chez l’enfant, par rapport à l’adulte » lance le Pr. Lutz. « Le sujet fait peur et plusieurs centaines, voire milliers, d’études ont cherché à répondre à cette question avec, toutefois, des résultats discordants et des conclusions peu probantes ». De nombreux paramètres ont été évoqués comme pouvant avoir un rôle. Certains d’entre eux montrent, toutefois, réellement un lien : l’irradiation lors d’accidents nucléaires (Hiroshima), l’irradiation naturelle (radon), les examens médicaux radiologiques (scanners chez la femme enceinte et le tout-petit), les champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence (lignes haute tension et circuits électriques), les pesticides ou encore la pollution atmosphérique (benzène).

Un autre facteur étiologique est issu de la théorie hygiéniste : « moins l’enfant va en crèche, moins il fait d’infections pendant les premières semaines de sa vie, moins il est allaité, plus il a de risques de faire une leucémie » explique Pr. Lutz. En effet, l’absence de ces différents critères diminue la capacité immunitaire de l’enfant à détruire un éventuel clone préleucémique.

Si aucun lien n’a été établi entre alimentation et tumeur infantile, il existe une relation avec l’alimentation de la mère pendant la grossesse et l’obésité maternelle. Enfin, il semble que le taux d’ensoleillement augmente l’incidence des cancers chez l’enfant. Cette déclaration permet au Pr. Lutz de passer la parole à son confrère, Dan Lipsker.

 

Le mélanome en chiffres 

« Le mélanome est le cancer de la peau qui a de loin le plus mauvais pronostic », déplore le dermatologue. Environ 10 000 nouveaux cas de mélanome sont diagnostiqués chaque année en France causant 1 500 à 2 000 décès. En Europe, c’est la maladie cancéreuse dont l’incidence a le plus augmenté au cours des 20 dernières années. « Il n’y a malheureusement aucun traitement véritablement efficace des formes évoluées du mélanome, d’où la nécessité absolue de faire un diagnostic précoce à un stade où la maladie peut encore être guérie » appuie le Pr. Lipsker.

 

Le soleil en ligne de mire 

Comme pour toutes les maladies, le mélanome résulte de l’interaction entre l’environnement et des prédispositions génétiques. Ainsi, un enfant qui a la peau noire a moins de risque de développer un mélanome qu’un enfant qui a une peau claire. Les rayons ultraviolets (UV) émis par le soleil sont le facteur majeur de risque. C’est l’interaction du phototype, c’est-à-dire du type de peau, avec le soleil qui explique une grande partie des mélanomes appelés mélanome de type II. Les taux de mélanome les plus élevés au monde sont ainsi observés en Australie, où il y a une importante population de personnes à peau blanche qui vivent proches de l’équateur.

La plupart des mélanomes apparaissent sur le tronc chez l’homme et sur les jambes chez les femmes. En effet, ces zones du corps sont soumises à des expositions solaires intermittentes. « C’est cette exposition parfois intense, notamment pendant les vacances, alors que la peau n’est pas préparée, qui constitue un comportement à risque. […] L’âge d’exposition est aussi un facteur très important et un maximum d’effort de prévention doit concerner les enfants », souligne Dan Lipsker.

Quid des écrans solaires ? Le fait d’utiliser de manière régulière des crèmes solaires réduit le risque d’un autre cancer de la peau appelé carcinome spinocellulaire. « En revanche, cette utilisation régulière induit un comportement qui augmente le risque de mélanome : les gens se sentent protégés, s’exposent plus au soleil, cumulent plus d’UV et augmentent ainsi leur risque » décrypte le Pr. Lipsker.

 

Le risque relatif 

Le phototype correspond à un risque relatif de 2, c’est-à-dire qu’une personne à peau claire à 2 fois plus de risque d’avoir un mélanome qu’une autre personne. Les personnes qui ont eu des coups de soleil ont un risque relatif de 2,5. De même, le fait d’avoir de nombreux grains de beauté (plus de 70) induit un risque relatif de 11 ! Toutefois, la part la plus importante du risque de développer ce type de maladie n’est pas environnementale, mais génétique : les personnes présentant des antécédents familiaux de mélanome ont 35 à 70 fois plus de risque qu’une personne sans antécédents de développer la maladie.

Heureusement, la prise en charge des mélanomes progresse. Dans les années 1960, 60 % des personnes atteintes d’un mélanome en mourraient. Aujourd’hui, grâce au dépistage précoce de la maladie, 11 % des malades en meurent. Dan Lipsker conclut : « Le principal est d’éviter l’exposition solaire excessive, notamment chez les enfants, d’éduquer à l’auto-surveillance et de surveiller les sujets à risque ».

 

 

Magali EYRIEY

Rédactrice scientifique

Ces manifestations sont soutenues par l’ADIRAL et les Hôpitaux Universitaire de Strasbourg.



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[ Information provenant de l'Appa Alsace ]

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