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Résumé consécutif à la conférence  

« Cancer et environnement 3/3» du 22 novembre 2011 

Cancer et Environnement - troisième partie

 

Le troisième et dernier volet du cycle de conférences sur les liens entre cancer et environnement, organisé par le comité Alsace de l’APPA, a été consacré à deux types de cancers particulièrement fréquents en France : le cancer du sein et celui du poumon. Les professeurs Robert Barouki (Unité mixte INSERM - Université Paris Descartes) et Elisabeth Quoix (Pôle de pathologie thoracique - Hôpitaux Universitaire de Strasbourg) ont exposé, le 22 novembre 2011, l’état actuel des connaissances sur le sujet.

 

Cancer du sein : des origines multifactorielles

« Le cancer du sein a différentes origines, qui peuvent exceptionnellement être génétiques, mais qui sont surtout liées aux hormones, au mode de vie, à l’alimentation et à l’environnement, avec une interaction possible entre plusieurs de ces facteurs », décrypte R. Barouki. Le rôle des hormones, et notamment de l’œstradiol, est bien connu dans le développement du cancer du sein. Certains métabolites de l’œstradiol peuvent être à l’origine de mutations de l’ADN et l’œstradiol peut favoriser la multiplication et la migration des cellules cancéreuses.

Il existe des molécules, étrangères à notre organisme, qui ont la capacité d’agir sur les récepteurs aux œstrogènes, et qui vont alors interférer avec la fonction de ces hormones : on parle de perturbateurs endocriniens et plus précisément de xéno-œstrogènes. Ces substances sont nombreuses : pesticides, insecticides, plastifiants (Bisphénol A), polluants atmosphériques, phyto-œstrogènes (présents naturellement dans certains végétaux comme le soja)… « Connaissant le rôle des hormones dans l’apparition du cancer du sein, on peut se demander si ces molécules, capables de mimer ou d’inhiber l’action des œstrogènes, n’ont pas, elles aussi, un effet », questionne le toxicologue.

 

Les xéno-œstrogènes : pesticides organochlorés, bisphénol A, PCB et dioxine

Des expérimentations en laboratoire sur des animaux ont démontré que les pesticides organochlorés, dont le DDT, ont un rôle dans la phase de multiplication des cellules tumorales. L’action de ces pesticides est également attestée par des observations écologiques chez les poissons, reptiles et amphibiens de plans d’eau pollués aux pesticides. Chez les humains, une étude, parue en 2011, a montré que les femmes qui avaient moins de 4 ans en 1945 (et qui étaient dans l’âge de la puberté lorsque le taux de DDT était à son maximum dans l’environnement, soit autour des années 1950-1960), présentent plus de cancers mammaires que les femmes déjà adultes lors du pic de DDT.

Le Bisphénol A, lui, n’entraînerait pas directement une cancérogenèse, mais serait responsable d’une modification de l’architecture de la glande mammaire qui serait favorisante pour l’apparition ultérieure d’un cancer. Les effets de ce composé chimique sont observés à des doses très basses, proches de celles qui sont retrouvées dans nos organismes.

Des études épidémiologiques ont démontré que les PCB, massivement utilisés dans les transformateurs électriques et condensateurs jusque dans les années 1980, augmentent le risque d’avoir un cancer du sein chez les femmes qui ont un profil génétique particulier (polymorphisme du gène CYP1A1).

Le suivi de femmes contaminées à la dioxine, lors de l’accident de Seveso en Italie, a mis en évidence une augmentation de la fréquence du cancer mammaire 25 ans après, c’est-à-dire chez les femmes qui étaient enfants au moment de la contamination.

A l’heure actuelle, les scientifiques ont différents arguments biologiques et écologiques montrant un lien entre environnement et cancer du sein. Toutefois, les études épidémiologiques sont encore fragiles, car elles nécessitent un suivi à long terme. En effet, ces polluants sont persistants et peuvent agir très longtemps après l’exposition. Il faut réussir à établir un lien entre l’existence d’un cancer du sein et une exposition ancienne de parfois plusieurs décennies. « De plus, nous sommes entourés d’au moins 100 000 molécules chimiques différentes », enchérit le Pr Barouki, « il est très difficile d’apprécier l’interaction entre ces différentes substances ».

La vulnérabilité liée à notre profil génétique, mais également liée à la période d’exposition (période fœtale, puberté), est de plus en plus mise en évidence. L’étape développement de la glande mammaire est, par exemple, une période très sensible à toute altération (chimique ou non) qui favoriserait, beaucoup plus tard dans la vie, le développement d’un cancer. « Il est donc important de limiter l’exposition à ces périodes cruciales », prévient le professeur Barouki.

 

Cancer du poumon et environnement : des liens complexes

« Le poumon est un organe qui est en interface directe avec l’air ; il n’est donc pas étonnant que les polluants atmosphériques puissent avoir un rôle », remarque Mme E. Quoix. Pour le cancer du poumon aussi, il est très difficile d’estimer le nombre de décès lié à la pollution. La première difficulté est engendrée par le rôle massif du tabac, responsable de 85 % des cancers du poumon chez l’homme et 70 % chez la femme. Malgré la forte prégnance du tabac, le cancer du poumon est, tout de même, la septième cause de mortalité par cancer chez les non-fumeurs. D’autres difficultés pour montrer le lien entre environnement et cancer du poumon proviennent des différences très importantes entre expositions professionnelles et expositions courantes, et du fait qu’un cancer apparaît près de vingt ans après cette exposition.

Toutefois, plusieurs études ont montré que le risque d’avoir un cancer du poumon est plus élevé en ville qu’à la campagne, même en prenant en compte le tabac. La pollution de l’air aurait donc bien une part de responsabilité.

 

Le rôle de la pollution extérieure : PM2,5, oxydes d’azote, irradiations accidentelles, émanations diesel, dioxines, lignes à haute tension…

Un bon nombre de substances, reconnues carcinogènes, sont présentes dans l’air que nous respirons. Des études ont montré un effet dose-réponse entre l’exposition aux particules fines (PM2,5) et la mortalité par cancer du poumon.

Une récente étude de cohorte, comportant 53 000 personnes, a analysé le lien entre cancer du poumon et proximité d’habitation avec des grands axes routiers (exposition aux oxydes d’azote). S’il semble qu’à dose faible, il n’y ait pas d’augmentation significative, pour des expositions élevées, le risque de développer un cancer bronchique augmente significativement.

Les études réalisées après l’accident de Tchernobyl chez les habitants des zones contaminées ont montré une élévation du nombre de cancers de la thyroïde, mais également d’autres types de cancers dont celui du poumon.

Les émanations diesel sont aussi incriminées et classées comme un probable carcinogène humain. Certaines professions y sont particulièrement exposées : conducteurs de poids lourds, cheminots, mécaniciens de garages de bus, dockers, mineurs de fond. Ces professions sont plus touchées que les autres par le cancer du poumon, sans qu’il n’y ait pour l’instant de reconnaissance en maladie professionnelle. En effet, il est très difficile de faire la part des choses entre émanations diesel et rôle du tabagisme, le taux de fumeurs étant particulièrement élevé notamment chez les routiers.

Sujet à polémique : le rôle du lieu de résidence et notamment la proximité d’habitation avec les incinérateurs de déchets, les usines ou les raffineries. Ce rôle est, là encore, difficile à mettre en évidence car les études sont pour l’instant des études écologiques ne prenant pas en compte le tabagisme et la profession des populations habitant à proximité.

Il semblerait également que la proximité du lieu de résidence avec une ligne à haute tension augmente légèrement le risque de cancer du poumon.

 

Le rôle de la pollution intérieure : radon, produits issus de la combustion et tabagisme passif

Le radon est un gaz radioactif, incolore et inodore, présent naturellement dans le sol. Sa concentration est particulièrement élevée dans les sous-sols granitiques et schistiques. Depuis les années 1930, le radon est reconnu comme responsable de cancer pulmonaire chez les mineurs d’uranium. Découvert dans les mines, le radon est également présent dans les habitations, notamment les logements bien isolés et non ventilés. Il pénètre dans les maisons par des fissures dans le sol et les murs en matériaux poreux. La concentration de radon n’est pas uniforme et il a été observé que celle-ci est plus élevée dans les régions au sol riche en granit (Creuse, Corrèze, Finistère).

L’utilisation de certaines sources d’énergie est particulièrement problématique vis-à-vis de la pollution intérieure et des risques sanitaires qu’elle comporte. La bouse et les végétaux utilisés dans les pays en voie de développement comme combustibles pour le chauffage sont particulièrement néfastes. Il en est de même pour la cuisine faite au charbon de mauvaise qualité et la cuisson d’huile.

Enfin, le tabagisme passif augmente de 24 % le risque de cancer bronchique chez les femmes mariées à un fumeur par rapport à celles qui sont mariées à un non-fumeur.

« Même si la pollution joue un rôle peu important dans l’incidence du cancer bronchique par rapport au tabac, il faut tout de même s’y intéresser, car il est impossible de se soustraire à cette pollution », conclut le professeur Quoix. Seules alternatives possibles : manger des fruits, dont le rôle protecteur vis-à-vis du cancer du poumon est démontré, et, bien sur, ne pas fumer.

 

Magali EYRIEY

Rédactrice scientifique

 

Ces manifestations sont soutenues par l’ADIRAL et les Hôpitaux Universitaire de Strasbourg.



C&E 3/3
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