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Résumé consécutif à la conférence du 12 juin 2012  

Pollution atmosphérique et trafic routier - seconde partie

   

Le deuxième et dernier volet du cycle de conférences « Pollution atmosphérique et trafic routier » organisé par le comité alsacien de l’Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (APPA-Alsace) a eu lieu le mardi 12 juin 2012. Au cœur de ce second opus : les stratégies de déplacements élaborées par la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS) et le Plan de Protection de l’Atmosphère de la Capitale alsacienne.

Une politique de mobilité novatrice

Dans la continuité de l’exposé de Delphine Krieger, proposé lors de la dernière conférence, Céline Oppenhauser, chef de projets innovants au sein de la Direction de la mobilité et des transports de la CUS, s’est attachée à détailler le rôle et les orientations de la collectivité en matière de mobilité. « Dès le début des années 1990, Strasbourg s’est placée comme une ville moteur en France dans l’élaboration de ses stratégies de déplacements », rappelle Mme Oppenhauser. La construction du tram est la pierre angulaire de cette politique de mobilité innovante. Par la suite, la Ville a confirmé ses choix avec la restructuration du réseau de bus, la piétonisation du centre-ville et les actions en faveur du vélo et de l’auto-partage. En 2012, 63 % des déplacements en centre-ville s’effectuent en transport en commun, à vélo ou à pied. « La CUS veut conserver son esprit pionnier et explorer de nouveaux champs d’action visant à améliorer la qualité de l’air et à transformer la contrainte environnementale en atout de développement urbain, social et économique », s’enthousiasme Céline Oppenhauser. Strasbourg ambitionne désormais d’être le laboratoire des mobilités innovantes. À ce titre, trois champs sont en exploration : l’amélioration du réseau piétonnier, l’électro-mobilité et la mise en place de centres de distribution urbain pour les marchandises. « L’objectif est de réduire l’utilisation des véhicules motorisés au sein de la CUS », souligne la chef de projet.

Les orientations choisies par la communauté urbaine s’inscrivent en cohérence avec celles du Plan de Protection de l'Atmosphère (PPA) en cours de révision.

Strasbourg révise son PPA

La réglementation européenne (Directive européenne 2008/50/CE) stipule que dans les zones où des dépassements de valeurs limites de qualité de l’air sont constatés, un plan d’actions doit être mis en place. Le Code de l’Environnement français reprend cette réglementation et décline ces plans d’actions en « Plan de Protection de l’Atmosphère » (PPA). Ils ont pour but, dans un délai préalablement fixé, de ramener, dans la zone concernée, les polluants à des niveaux inférieurs aux normes de qualité de l’air. Ils fixent eux-mêmes leurs objectifs à atteindre, ainsi que les mesures préventives ou correctives à mettre en place de façon temporaire (lors de pics de pollution) ou permanente.

L’élaboration du PPA de Strasbourg a commencé en 2002. Il a été approuvé en 2008 par arrêté préfectoral. En 2011, le tribunal administratif a annulé cet arrêté suite au recours de l’association Alsace Nature qui soulignait l’absence de développement de mesures d’urgence. Pour répondre à ce manquement, le PPA a été complété et validé en août de la même année. En parallèle, une mise en révision du plan a été décidée. En cours depuis juillet 2011, elle est basée sur différents diagnostics et études préliminaires détaillées lors de la conférence par Michaël Bertin, chargé de mission Qualité de l’Air et Climat à la DREAL Alsace.

Des diagnostics préoccupants

Près d’un quart des 456 000 habitants de la CUS est exposé annuellement à des dépassements de normes pour la qualité de l'air. Les deux principaux polluants atmosphériques concernés sont les particules (PM10) et le dioxyde d’azote (NO2).

Les PM10 sont principalement émises par le secteur résidentiel (en particulier par le chauffage au bois), les transports routiers et les industries. « La concentration moyenne annuelle de PM10 ne pose pas de problème sur l’agglomération strasbourgeoise », précise Michaël Bertin. « Par contre, la moyenne journalière à ne pas dépasser plus de 35 jours par an est allègrement franchie notamment au niveau des principaux axes routiers. »

Le NO2 est un polluant majoritairement émis par le trafic routier. Contrairement aux PM10, les dépassements concernent ici la moyenne annuelle, dont la valeur seuil est fixée à 40 µg/m3 par an.

La part des émissions locales dans les concentrations mesurées sur la zone PPA est de l’ordre de 30 à 40 % pour les PM10, 70% pour le  NO2

Des études préliminaires surprenantes

Plusieurs études préliminaires ont été réalisées dans le cadre de la révision du PPA strasbourgeois. Une campagne de mesure de la qualité de l’air le long de l’autoroute A35 au niveau de la Porte de Schirmeck et le long de la route du Rhin a permis d’évaluer la diffusion des polluants à proximité de ces axes. « Ces évaluations ont mis en évidence des concentrations de NO2 à proximité directe des voies de circulation très au-delà de la valeur limite de 40 µg/m3 (jusqu’à 104 µg/m3 le long de l’A35) avec une diffusion importante et des dépassements de valeurs à plus de cent mètres de l’A35 » détaille le chargé de mission.

Une autre étude de simulations cartographiques des niveaux de pollution suivant différents scénarios montre que si l’on réduisait le trafic routier de 20 %, on diminuerait les dépassements de PM10 et de NO2 de moitié. Si l’on réduisait le trafic de 50 %, il n’y aurait quasiment plus de dépassements des seuils pour les deux polluants. « Ainsi pour respecter les valeurs limites européennes, il faut diviser par deux les émissions liées au trafic routier dans l’agglomération », insiste Michaël Bertin.

La stratégie de révision

Si l’impact sanitaire de la pollution de l’air est difficile à mesurer, le suivi du nombre d'habitants exposés aux dépassements des normes est plus facile à réaliser. C’est donc cet indicateur qui va être mis en œuvre dans le PPA révisé, afin de cibler les zones géographiques précises où les actions auront le plus d’impact sur la population exposée. En effet, certaines zones de dépassement ont des densités de population relativement faibles (p. ex. le long de l’A35), tandis que d’autres sont plus problématiques (c.-à-d. la zone du centre-ville). Établir des cartographies croisées avec les zones de dépassement et les densités de population permet de mieux cibler les enjeux et les actions à mettre en place. Trois sites ont ainsi été identifiés et définis comme "zones de vigilance" : une zone de proximité des voies rapides urbaines (A35 et A4 avec 15 000 personnes exposées), une zone autour de la route du Rhin (11 000 personnes exposées) et une zone correspondant au centre-ville (60 000 personnes exposées).

Les apports dus aux secteurs de l’industrie et du résidentiel/tertiaire ont une influence limitée sur les dépassements de pollution dans ces zones. Aujourd’hui, l’enjeu ne se situe plus à ce niveau. « Il faut, cependant garantir une stabilisation des émissions issues de ces secteurs », prévient M. Bertin. Pour le secteur industriel, cela passe par la mise en place de mesures compensatoires et le contrôle des émissions lors des pics de pollution. Pour le résidentiel/tertiaire, il s’agit de favoriser la rénovation du bâti existant et la réalisation d'économies d'énergie et d’envisager dans les zones soumises aux dépassements de normes, des aménagements spécifiques pouvant aller jusqu’à des restrictions temporaires d'urbanisation.

 Concernant les transports routiers, le secteur centralise la majorité des projets d’action du PPA. Les principales mesures concernent la mise en place d’une politique de mobilité en faveur d’une réduction du trafic routier avec le nouveau Plan de déplacements urbain (PDU) de la CUS. Pour mieux cibler les enjeux propres aux différentes zones de vigilance, les mesures prévoient une réduction des émissions dues aux voies rapides urbaines, une baisse des rejets liés au transport sur la route du Rhin, des restrictions d'accès au centre-ville pour les véhicules les plus polluants et une rationalisation du transport de marchandises. Si l'objectif réglementaire de revenir sous les valeurs seuils n'est pas réaliste à court terme, le nouveau PPA de la CUS prévoit des mesures qui prendront en compte des actions sur le long terme afin de réduire l’exposition des populations.

 

Magali EYRIEY

Rédactrice scientifique

Ces manifestations sont soutenues par l’ADIRAL et les Hôpitaux Universitaire de Strasbourg.



Résumé pollution atmosphérique et trafic routier partie 2.pdf
[ Information provenant de l'Appa Alsace ]

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