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C’est le retour des pollens… Atchoum !

 

Nous sommes nombreux à savourer le renouveau du printemps. Toutefois, Il n’en va pas de même pour les allergiques pour qui la période rime avec… rhume des foins. Pour mieux connaître les causes et conséquences de cette maladie de saison le comité Alsacien de l’Association pour la Prévention de la Pollution Atmosphérique (APPA-Alsace) a organisé une conférence-débat le 6 mai dernier en la salle des fêtes de l’Hôpital Civil de Strasbourg.

 

Les prévisions du risque allergique
La conférence débute par l’exposé de Michel Thibaudon, directeur du Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA). Cet organisme étudie les particules biologiques en suspension dans l’air qui peuvent représenter un risque allergique pour la population. « La plupart des espèces végétales sont pollinisées par les insectes : on parle de plantes entomophiles », explique l’expert. Ces espèces émettent peu de pollens dans l’atmosphère et constituent donc un risque allergique faible contrairement aux végétaux anémophiles. Ces derniers utilisent le vent comme méthode de pollinisation. Ils produisent des grains de pollens abondamment disséminés dans l’air et constituent la majorité des espèces allergisantes les plus communes : bouleau, cyprès, noisetier, aulne, frêne, platane et chêne pour les arbres les plus allergisants ; graminées, ambroisie et armoise pour les herbacées. Le rôle du RNSA est la mesure de l’exposition aux pollens et l’information du public sur le risque allergique associé. Pour cela, l’association a mis en place un réseau de 75 capteurs de pollens sur tout le territoire. « A Strasbourg, le capteur est installé depuis janvier 2011 sur le toit du Nouvel Hôpital Civil », signale Michel Thibaudon. Précédemment, il était situé non loin de là, sur le toit de la Faculté de Médecine. A noter qu’un nouvel appareil vient d’être mis en place à Mulhouse. Ces capteurs aspirent l’air en continu et capturent les pollens qu’il contient. Leur analyse permet d’établir un index pollinique. Dans la région, deux groupes d’espèces représentent un risque allergénique très élevé : les graminées et la famille du bouleau comprenant, outre le bouleau, le noisetier, l’aulne et le charme. La saison pollinique du noisetier démarre en janvier, suivi par celle de l’aulne et du bouleau pour finir par celle des graminées qui prend fin vers la mi-juillet.

Pour mesurer l’impact sanitaire des pollens, le RNSA dispose d’un réseau d’une centaine de médecins sentinelles qui permet, chaque semaine, d’établir un index clinique sur la base de l’intensité des symptômes constatés chez les patients allergiques aux pollens. Enfin, le dispositif du RNSA est complété par des observations phénologiques, c’est-à-dire, par l'étude de la floraison des plantes allergisantes afin de déterminer le niveau d’exposition aux pollens. Les conditions météorologiques sont également prises en compte car la dispersion des pollens est favorisée par le vent, la chaleur et l’ensoleillement. L’ensemble de ces données permettent d’établir un risque allergique prévisionnel sous forme de carte de vigilance hebdomadaire disponible sur le site du RNSA : http://www.pollens.fr.

Les manifestations de la pollinose
Trop gros pour pénétrer dans nos poumons, ce ne sont pas les grains de pollen eux même qui sont responsables de l’allergie. « Cependant, ils pénètrent dans notre organisme par les voies aériennes et, au contact de notre muqueuse nasale et bronchique, ils libèrent des particules protéiques potentiellement allergisantes », explique M. Thibaudon. Chez les personnes sensibilisées, ils vont déclencher une réaction inflammatoire avec différents symptômes : c’est la pollinose. Couramment appelée rhume des foins, cette maladie se caractérise par une rhinite allergique saisonnière - éternuements, nez qui coule ou bouché -, une conjonctivite - yeux rouges et qui piquent -, voire une gène respiratoire qui peut dégénérer en asthme, ou des réactions cutanées - urticaire et eczéma. « Ces symptômes ne sont pas à prendre à la légère, car ils peuvent être très invalidants avec des répercussions considérables sur le sommeil et la vie quotidienne », souligne le directeur du RNSA.

Près de 20 % des Français sont allergiques aux pollens. Bien que considérée comme "bénigne", la pollinose représente un véritable problème de santé publique, mais aussi un coût pour la société. La prise en charge médicamenteuse, la baisse d’efficacité au travail et l’absentéisme liés à cette maladie coûtent près de 400 millions d’euros par an (hors diagnostic et désensibilisation).
Le diagnostic d’une pollinose se base sur une histoire clinique pertinente. « Mais cela n’est pas suffisant, souligne le Dr Hutt, pneumo-allergologue aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Il faut confirmer le diagnostic par un biomarqueur de sensibilisation - tests cutanés ou sanguins - et connaître l’exposition allergénique. » Toutefois, il n’est pas toujours évident de déterminer le pollen incriminé ; par exemple, en Alsace, les saisons polliniques du bouleau et du frêne se superposent.

A côté des manifestations classiques de la pollinose, il y existe un syndrome oral - ou syndrome pollen-aliment - qui correspond à une allergie alimentaire à certains fruits ou légumes survenant chez des personnes allergiques aux pollens. Il se traduit par des démangeaisons buccales et un gonflement des lèvres, de la langue et du pharynx. Par exemple, 50 % des patients souffrant d’une pollinose au bouleau sont allergiques à la pomme crue. Ces allergies sont généralement le fait de végétaux qui présentent des structures protéiniques homologues : on parle alors d’allergènes croisants. « Ces allergènes sont sensibles à la chaleur et aux enzymes digestives, explique le pneumo-allergologue. C’est pourquoi la sensibilisation ne se fait pas par voie orale, mais par voie aérienne et survient donc chez des personnes sensibilisées aux pollens. » Cela explique aussi que ces aliments soient mieux tolérés cuits que crus. Ainsi, Mal d 1 pour la pomme, Pru ar 1 pour l’abricot, Pru av 1 pour la cerise et Pyr c 1 pour la poire sont des protéines homologues à Bet v 1, allergène majeur du bouleau pouvant entraîner un syndrome oral chez les sujets sensibilisés.

Interactions pollens-polluants
« Le nombre de personnes allergiques aux pollens a triplé ces 25 dernières années », décrit le Dr Nicolas Hutt. L’évolution de l’index pollinique ces dernières décennies traduit une hausse des quantités de pollens, hausse qui peut être mise en parallèle avec l’augmentation des températures liées aux modifications climatiques. Outre cette augmentation, un autre phénomène pourrait expliquer en partie l’avancée spectaculaire de la pollinose : il s’agit des interactions entres les pollens et les polluants chimiques. « Depuis la fin des années 1980, des études ont montré que les personnes habitants le long d’un axe routier étaient plus touchées par la pollinose que les habitants de régions à faible trafic », rapporte le Dr Marie-Christine Kopferschmitt-Kubler, pneumologue aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Autre constatation : les sujets vivants en zones urbaines ont plus souvent des tests cutanés positifs aux allergènes que les habitants des zones rurales. De nombreuses études expérimentales chez l’animal et chez l’homme ont été faites suite à ces observations. Celles-ci montrent que les particules diesel favorisent la production d’anticorps de l’allergie - les immunoglobulines E (IgE). Quelques études ont également montré que les polluants chimiques et notamment l’ozone augmentent la réactivité bronchique, rendant les personnes allergiques plus sensibles aux pollens avec l’apparition d’une symptomatologie pour des seuils de pollens relativement faibles.

Les polluants auraient aussi un impact direct sur les pollens. « Une analyse comparée des grains de pollen recueillis en zone propre - dans les Vosges - et en zone polluée - à Mulhouse - a montré, qu’en ville, les grains sont enrobés de particules diesel et fragilisés par des microfissures », détaille Mme Kopferschmitt-Kubler. Ces fissures favorisent la libération des micro-granules allergisants contenus dans le grain de pollen. D’autres études in vitro ont montré que des allergènes polliniques peuvent se fixer aux particules diesel et que le pollen peut transférer son allergénicité aux particules présentes dans l’air. « Plus petites que les grains de pollen, ces particules chargées de l’allergénicité du pollen peuvent pénétrer dans nos poumons », prévient la pneumologue. De plus, certains polluants, comme l’ozone, augmenterait l’expression allergénique des plantes exposées à cette pollution.

Quels traitements ?
Les traitements de la pollinose sont les mêmes que ceux des autres allergies : antihistaminiques, corticoïdes, collyres et bronchodilatateurs. La prévention repose sur l’éviction et la désensibilisation. « Il n’est pas pour autant question d’arracher toutes les herbes et de bétonner les prairies », rassure le directeur du RNSA. L’éviction individuelle consiste à éviter les activités extérieures durant les pics polliniques, porter des lunettes ou des masques filtrants, mais aussi aspirer régulièrement chez soi, ne pas faire sécher son linge dehors et se tenir informer des prévisions de risque allergique. « Mais l’éviction doit aussi être collective », souligne Nicolas Hutt. Il faut éviter de planter des espèces végétales présentant un risque allergique élevé et favoriser la diversité végétale pour diminuer la charge pollinique globale d’une espèce. Couper les arbres malades à l’origine d’une production supplémentaire de pollens et tailler les plantations avant l’apparition des bourgeons floraux sont d’autres mesures efficaces. Certaines administrations ont mis en place des plans d’éradication d’espèces envahissantes comme les préfectures du Bas- et du Haut-Rhin pour l’ambroisie. Le RNSA publie un guide d’information sur la végétation en ville avec des solutions de remplacement des espèces les plus allergisantes : http://www.vegetation-en-ville.org.

Comme le rappelle M. Hutt, « si les pollens peuvent être responsables d’allergies, il n faut pas oublier qu’ils sont indispensables à la reproduction des végétaux et à la production d’une grande partie de l’alimentation humaine ». Ainsi, les pollinoses sont, certes, un problème de santé publique qui concerne le corps médical, mais également les urbanistes, les botanistes, les agronomes, les collectivités territoriales et les grands aménageurs.

Magali EYRIEY,
Rédactrice scientifique

 



Pollens et santé
[ Information provenant de l'Appa Alsace ]

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