L’exposition aux particules diesel augmente la sensibilité à une infection par pneumocoque

by in Actualité 13 mai 2020

Contexte et objectif

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la pollution atmosphérique serait responsable de 7 millions de décès par an, dont 7% suite à une pneumonie. Une grande partie de ces décès sont attribués à l’exposition à de fortes concentrations en particules, comme celles issues des moteurs diesel. L’objectif de l’étude a été d’évaluer si l’exposition aux particules diesel peut faciliter la migration de Streptococcus pneumoniae (« pneumocoque ») d’un site ORL où il se comporte en germe commensal vers les voies respiratoires inférieures et, de là, vers le sang (bactériémie) et les méninges (méningite).

Méthodologie et observations

L’étude se compose de 2 protocoles :

-un protocole expérimental chez la souris exposée à 3 reprises à l’inhalation de 80 µg de particules diesel ou à une solution témoin, puis à l’instillation nasale de 105 unités formant colonies de pneumocoque. Ces souris ont ensuite été sacrifiées et des échantillons de tissu du nasopharynx, du parenchyme pulmonaire et de sang périphérique ont été prélevés. Chez les souris pré exposées aux particules diesel, une charge bactérienne a été retrouvée à J4 après l’instillation et au cours des jours suivants. Les souris exposées aux particules diesel et infectées produisent davantage de cytokines pro-inflammatoires que les souris témoins. De plus, plus de la moitié des souris infestées et exposées aux particules diesel ont développé, contrairement aux souris contrôles, une bactériémie. Chez les 2 groupes de souris, la colonisation du nasopharynx par le pneumocoque était similaire.

-un protocole basé sur le recueil de macrophages alvéolaires humains par expectoration provoquée. Ces macrophages ont été exposés pendant 2,5 heures aux particules diesel (ou au témoin) avant d’être exposés au pneumocoque. Les macrophages alvéolaires ont une fonction phagocytaire altérée vis-à-vis du pneumocoque, d’où une réplication bactérienne incontrôlée.

Conclusion

Au total, ce travail montre que les particules diesel inhalées augmentent la susceptibilité au pneumocoque du fait d’une perte de contrôle immunologique de la localisation de la bactérie, d’une réaction inflammatoire exacerbée, d’une altération tissulaire et d’une dissémination bactérienne systémique.


Références : Shears R. K., Jacques L. C., Naylor G. et al., 2020 : Exposure to diesel exhaust particles increases susceptibility to invasive pneumococcal disease. [En ligne]. Journal of Allergy and Clinical Immunology, vol. 145, n°4, p. 1272-1284. Disponible en open access sur https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0091674919316355